Les oubliés de la Victoire

Un documentaire vidéo de 52 minutes des historiens Didier Sapaut et Cédric Gruat

► Suivez ce lien pour voir la vidéo : https://www.reseau-canope.fr/notice/les-oublies-de-la-victoire.html

Ce documentaire, labellisé par la « mission du Centenaire de la Première Guerre Mondiale », est une co-production Réseau Canopé et Les Bons Clients. Avant l'avant-première du 18 octobre au Ministère des Armées et sa mise en ligne sur reseau-canope.fr, le documentaire de 52 min sera diffusé sur France3 le 7 novembre 2018.

Le film traite d'une période primordiale quant à l'issue de la Première Guerre mondiale, mais néanmoins oubliée, voire inconnue du grand public. Il s'appuie ainsi sur des images d'archives totalement inédites.

La volonté des auteurs est de proposer dans ce documentaire un regard nouveau sur l'année 1918 et sur l'après armistice et mettre en exergue l'odyssée de centaines de milliers de poilus d'Orient.

« Notre film souhaite, à travers l'histoire de cette armée d'Orient, poser un regard original sur la Grande guerre et ses prolongements, tout en inscrivant notre propos dans le temps présent et dans un questionnement actuel : Que signifie aujourd'hui commémorer la Première Guerre mondiale ? De quelle façon est-elle racontée et transmise ? Comment, à 100 ans de distance, faire « parler » les images de ce conflit sans les trahir ? Enfin, comment rendre compte de l'oubli dans une œuvre documentaire?»

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Chronologie du Front d'Orient

1915

  • Bataille des Dardanelles du 18 mars 1915 au 9 janvier 1916 (9 mois et 22 jours)

  • 18 mars : Échec de la tentative de forcement du détroit des Dardanelles, plusieurs cuirassés britanniques et français sont coulés.

  • 24 avril : Arrestation et déportation de plus de 600 intellectuels arméniens de Constantinople par les Jeunes-Turcs, date qui marque le début du génocide arménien.

  • 25 avril : Débarquement très difficile d'un corps expéditionnaire allié au cap Helles et dans la baie ANZAC à l'extrémité sud de la péninsule de Gallipoli.

  • 11 juin : Les troupes serbes envahissent l'Albanie et occupent Tirana.

  • 21 août : L'Italie déclare la guerre à l'Empire ottoman.

  • 6 septembre : Traité secret entre la Bulgarie et les empires centraux, selon lequel la Bulgarie obtiendrait la Macédoine et un débouché sur l'Adriatique si elle déclare la guerre à la Serbie et à l'Entente.

  • 5 octobre : Entrée en guerre de la Bulgarie contre la Serbie. Arrivée des premières troupes de l'Armée d'Orient (A.O.) mais renvoie du premier ministre grec Vénizélos, favorable à une entrée en guerre de son pays aux côtés des alliés, par le roi Constantin, cousin du Kaiser et partisan de la neutralité de la Grèce.

  • Expédition de Salonique ou Front de Macédoine du 6 octobre 1915 au 29 septembre 1918

  • 6 octobre : Invasion de la Serbie par la Bulgarie.

  • 9 octobre : les troupes germano-autrichiennes entrent dans Belgrade.

  • 28 octobre :Le président du Conseil roumain Ion Bratianu refuse le libre passage sur le territoire roumain de l'armée russe qui viendrait renforcer les Serbes.

  • 23 novembre : Battue sur tous les fronts, l'armée serbe bat en retraite vers l'Albanie (indépendante depuis 1913 et neutre) d'où elle est évacuée vers l'île grecque de Corfou.

  • 2 décembre : Les troupes alliées de Salonique reçoivent l'ordre de se replier au-delà du Vardar.

  • 4 décembre : À Calais, les états-majors de France et de Grande-Bretagne examinent la question de Salonique, hésitant entre l'évacuation et le maintien des troupes.

1916

  • 11 janvier : Les Austro-hongrois occupent le Monténégro.

  • 16 janvier : Occupation française de Corfou. Les troupes serbes débarquent dans l'île.

  • 3 juin : Les Alliés proclament l'état de siège à Salonique à la suite de la prise du fort de Rupel par les troupes germano-bulgares.

  • 22 juin : Le Premier ministre grec Zaïmis ordonne la démobilisation de l'armée à la suite de dissensions avec les Alliés.

  • 4 juillet : Le Premier ministre roumain Ion Bratianu rappelle aux Alliés que son pays interviendra à leurs côtés s'ils ne se retirent pas des Dardanelles et s'ils déclenchent une offensive contre les Bulgares à partir de Salonique.

  • 4 août : Offensive serbe dans la région du lac Prespa en Macédoine.

  • 9-18 août : Bataille de Doïran : trois divisions françaises et une division britannique du corps expéditionnaire de Salonique avec 45 000 hommes et 400 canons lancent une offensive contre les positions de l'armée bulgare au lac Doïran. Les alliés sont contraints de se replier sur leurs positions de départ avec de lourdes pertes.

  • 17 août : Traité d'alliance entre l'Entente et la Roumanie signé à Bucarest : en échange de son entrée en guerre contre l'Autriche, on lui promet la Bucovine, la Transylvanie et le Banat.

  • 23 août : L'armée bulgare bouscule les troupes serbes à l'ouest du dispositif allié.

  • 27 août : La Roumanie déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie.

  • 28 août : L'Allemagne, puis la Turquie, déclarent la guerre à la Roumanie. Les troupes roumaines du général Averescu entrent en Transylvanie.

  • 1er septembre : La Bulgarie déclare la guerre à la Roumanie.

  • 12 septembre - 19 novembre : bataille de Monastir (aujourd'hui Bitola) qui permet aux troupes françaises et serbes de l'expédition de Salonique, commandée par le général Sarrail, de percer les lignes bulgares et d'atteindre la vallée de la Cerna. Les deux armées s'affrontent sur le sol théoriquement neutre du royaume de Grèce.

  • 14 septembre : Les troupes bulgaro-allemandes d'August von Mackensen lancent une offensive à l'est de Silistra contre la Roumanie

  • 7 octobre : Les Allemands forcent les Roumains à évacuer la Transylvanie.

  • 9 octobre :Eleftherios Venizelos constitue à Salonique un gouvernement provisoire favorable aux Alliés.

  • 19 novembre : Prise de Monastir en Macédoine par le général Sarrail et les forces alliées (franco-anglo-russo-italiano-serbes).

  • 2 décembre : L'Armée d'Orient du général Sarrail occupe Athènes après de sévères affrontements avec les Grecs.

  • L'armée allemande de Falkenhayn traverse la Valachie, fait la jonction avec les Germano-bulgares de Mackensen venus de Dobrogea, et entre à Bucarest le 6 décembre, évacuée la veille par le gouvernement Bratianu qui se retire en Moldavie.

1917

  • 12-18 mars : Bataille du Lac Prespa et de la cote 1248. Mai : Bataille de la Boucle de la Cerna et du Vardar. Tentative des troupes françaises et serbes, commandées par le général Sarrail de dégager la ville de Monastir enserrée par les troupes germano-bulgares.

  • 29 juin : La Grèce entre dans la guerre au côté des Alliés.

1918

  • 18 mars : La Roumanie signe un traité de paix préliminaire avec les puissances centrales à Buftea.

  • 29-31 mai : Bataille de Skra di Legen qui se déroule autour de la position fortifiée de ce sommet du massif montagneux du Páiko, au nord-est de Salonique, et lors de laquelle les troupes grecques appuyées par une brigade française remportèrent une victoire sur les forces bulgares.

  • 8 mai : Traité de paix de Bucarest : la Roumanie est dépossédée de la Dobroudja par la Bulgarie et d'une partie des Carpates par la Hongrie. Elle libère la Bessarabie de l'occupant russe.

  • 15 septembre : Bataille de Dobro Polje. Début de l'offensive alliée qui permet aux troupes françaises et serbes de percer les lignes bulgares et qui allait mener à une victoire décisive sur les troupes bulgares.

  • 24-29 septembre : Manœuvre d'Uskub (aujourd'hui Sopje en Macédoine). Elle permet aux troupes alliées, commandée par le général Franchet d'Espèrey, d'exploiter la percée du front en remontant la vallée du Vardar en direction de Vélès et d'Uskub, coupant ainsi l'armée bulgare en deux et obligeant la Bulgarie à demander l'armistice.

  • 29 septembre : L'armistice de Salonique est signé par la Bulgarie et les puissances alliées, représentées par le général Franchet d'Espèrey.

  • Octobre : Les forces de Franchet d'Espèrey marchent vers la Hongrie.

  • 31 octobre : La Turquie signe l'armistice à Moudros.

  • 1er novembre : Les Serbes entrent dans Belgrade désertée par les troupes austro-hongroises.

  • 10 novembre : La Roumanie entre à nouveau en guerre et libère la Transylvanie.

  • 13 novembre : L'armistice de Belgrade signée par le général Franchet d'Espèrey avec le gouvernement de Mihály Károlyi fixe la ligne de démarcation entre Hongrois et Roumains en Transylvanie. Le Banat est occupé par la Serbie.

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” D'avril 1915 à fin 1918, les armées alliées d'Orient (britannique, française, italienne, serbe, russe puis grecque) affrontent dans des conditions effroyables les troupes turques, austro-hongroises, allemandes et bulgares. Au plus fort de la bataille, ce sont près de 600 000 hommes de part et d'autre qui s'opposent. Les débarquements et les combats des Dardanelles débutent en avril 1915, avec l'objectif de prendre Constantinople.

Décevants, sanglants, ils vont durer neuf mois, au terme desquels les Alliés prennent conscience de l'ampleur du désastre et de l'échec de l'opération. Puis, pendant deux ans, les tensions entre Alliés, le manque de troupes et la complexité de la situation se conjuguent et aboutissent, malgré quelques opérations, à une quasi-neutralisation du front de Salonique. Des centaines de milliers d'hommes y sont immobilisés, souvent dans l'inaction et la douleur, car loin d'avoir vécu une expédition exotique, ” la fleur au fusil “, les poilus d'Orient y ont connu des souffrances terribles, autant, si ce n'est plus, qu'en France.

Il faut attendre fin 1917 pour que le général Guillaumat, nommé à la tête des armées alliées, redresse la situation et permette à son successeur, le général Franchet d'Esperey, de disposer d'une force efficace et puissante. Ce dernier, grâce à ses talents de stratège et à son audace, va conduire les armées alliées d'Orient à la victoire, imposer des armistices à la Bulgarie et à la Turquie, accélérant ainsi la fin de la Première Guerre mondiale. Le Front d'Orient, Max Schiavon, 2014.

Cartes sur le front d'Orient

” J'ai participé à beaucoup d'autres combats un peu partout dans le monde, témoigne le lieutenant-colonel Mézig. Nulle part , je dis biens nulle part, je n'ai vu les cadres et les hommes souffrir de la guerre comme sur cette presqu'île de Gallipoli. Souffrances de toutes sortes, dévorés par la vermine, condamnés à boire une eau infecte, à vivre au milieu des cadavres, guerre impitoyable de jour et de nuit. Là, il n'était pas question de repli stratégique, car derrière, à droite et à gauche, était la mer, toujours la mer.”

Tapuscrit inédit du lieutenant-colonel Mézig, caporal à Gallipoli. Archives de Max Schiavon, Front d'Orient p.83

Le front de Macédoine en 1915 en six cartes